Instincto et Alimentation naturelle

Question difficile : qu’est-ce qu’une alimentation naturelle ? Une alimentation sans artifice, répondrait La Palisse.

La définition est facile lorsqu’il s’agit d’animaux sauvages : l’alimentation naturelle du guépard est constituée de gazelles et autres gibiers des pays tropicaux que ce félin a l’instinct de chasser. Celle du buffle de forêt est constituée de feuillages, d’herbages et d’écorces pour l’hiver. Celle de la musaraigne de vers de terre et d’insectes qui répondent également a ses instincts de prédateur.

Le problème est plus délicat pour les animaux domestiques. L’alimentation naturelle du chat reste sans doute la souris, mais peut-on considérer que le poisson en fait partie ? Le chat dans la nature sait attraper parfois de petits poissons. Faut-il alors considérer que la sardine en boîte reste naturelle pour nos mistigris ?

Quant au chien, il adore les biscuits : cette prédilection signifie-t-elle que le biscuit fait partie de sa palette alimentaire naturelle ? Non, parce que le chien ne trouverait pas de biscuits dans la nature. Et le fromage, dont il se délecte volontiers ? Peut-être les canidés rencontrent-ils lors de leurs pérégrinations des femelles de mammifères accidentées ou tuées par des carnassiers, offrant quelques portions de lait caillé dans leurs mamelles. Toutefois, ce fromage naturel ne sera pas salé. De plus, l’occasion se présentera très rarement, les prédateurs pouvant plus facilement se procurer des animaux faibles que des femelles capables de mettre bas et de défendre leurs petits.

Autre exemple : le gavage des oies et des canards : jamais ces volatiles ne consommeraient autant de nourriture sans l’amour de l’homme pour les foies dilatés par les excédents de graisse. On ne peut pas parler là non plus d’une forme d’alimentation naturelle, même si le gavage se fait avec du maïs cru. Et encore moins s’il se fait avec du maïs cuit.

Les principales limites que l’on voit apparaître du point de vue simplement logique (ou plutôt linguistique) sont donc les suivantes :

À partir de cette définition, l’alimentation naturelle du chien sera constituée de viande crue, peut-être de boyaux encore pleins d’herbes digérées, de certains fruits ou autre plantes que les canidés savent trouver dans la nature. À la limite, des carottes râpées pourront en faire partie, mais pas si elles sont assaisonnées, vu que l’assaisonnement ne se rencontre pas dans les conditions naturelles et qu’il pousse à la consommation.

Définir l’alimentation naturelle n’est donc pas simple pour l’animal, c’est encore plus inextricable lorsqu’il s’agit de l’être humain. L’homme est par nature capable d’artifices : il serait donc naturel pour lui de se procurer toutes sortes d’aliments grâce à des stratagèmes, de les transformer grâce à toutes sortes d’artifices comme la cuisson et l’assaisonnement, de faire des fritures, de tremper des légumes dans l’azote liquide etc.

Il est évident que cette définition ne tient pas, vu qu’elle est dénuée de toute limite liée au concept de nature. Pourtant, certains aliments transformés par l’artifice humains sont manifestement nocifs : on sait que les fritures génèrent les maladies cardiovasculaires et les cancers, que les hamburger favorisent l’obésité, etc. Il est donc plus logique de considérer comme naturels pour l’hommes les aliments non transformés par un artifice quelconque, ou très proches des aliments bruts tels que les fournit la nature.

Et qu’en est-il du lait ? Le lait maternel est évidemment le premier et le plus naturel des aliments pour le nourrisson, mais est-il naturel de consommer du lait au-delà de la période d’allaitement normale ? Quelle est la durée de cette période d’allaitement ? Et surtout : est-il naturel pour l’organisme humain d’absorber du lait de vache ?

Dans les conditions naturelles, aucun animal ne se nourrit du lait d’une autre espèce animale. Il n’est donc par forcément naturel pour l’homme de consommer le lait de ses animaux domestiques, vaches, brebis, juments, ânesses, chamelles etc.

En résumé : la notion d’alimentation naturelle relève de certaines habitudes alimentaires pas forcément naturelles, et de certaines habitudes de langage par forcément claires. De sorte que cette notion peut difficilement servir de base à une démarche scientifique.

C’est pourquoi la démarche instincto évite la notion d’alimentation naturelle et lui préfère celle d’alimentation progénétique.