Instincto et Art culinaire

L’art culinaire figure parmi les acquis les plus méritoires de la civilisation. Il existe de nombreuses formes d’art culinaire, dans les différentes parties du monde, mais aucune nation, aucun groupe ethnique n’existe sans avoir une forme de cuisine ou une autre. La conclusion généralement admise consiste à penser que l’art culinaire est indissociable de la condition humaine.

Certains chercheurs ou philosophes présentent la cuisson comme la clé de l’humanisation, elle aurait permis d’éviter la perte d’énergie due à la digestion et de la mettre au service du cerveau. La taille du cerveau semble en effet augmenter avec l’importance prise par la cuisson au cours des âges.

Notons que ces arguments peuvent être inversés : l’augmentation de la taille du cerveau et des capacités d’invention peut expliquer la mise au point de techniques culinaires de plus en plus performantes. Elle s’explique alors par des facteurs évolutionnistes, par exemple par l’utilité du développement de l’intelligence pour la survie face aux dangers de l’existence.

D’autre arguments plaident toutefois pour l’utilité de la préparation culinaire : la cuisson débarrasse les aliments des bactéries, moisissures, germes de parasites qu’ils peuvent véhiculer. La médecine la présente le plus souvent comme la meilleure prévention contre les parasitoses. De sorte que l’idée de manger cru paraît simplement dangereuse.

Ce raisonnement cache en fait une pétition de principe : les chercheurs se basent sur les réactions des individus qui pratiquent l’art culinaire pour conclure à l’utilité de la cuisson dans la prévention des infections ou contaminations parasitaires. Or, l’expérience montre que c’est au contraire l’absorption des aliments dénaturés par l’artifice culinaire qui provoque la fragilité de l’organisme face aux microbes de l’environnement. Il existe en effet un lien encore inexploré par la recherche médicale entre l’alimentation transformée et certains dysfonctionnements du système immunitaire.

Ces quelques éléments semblent en contradiction avec l’universalité de la pratique culinaire. Plusieurs questions se posent de manière incontournable : pourquoi toutes les nations du monde se nourrissent-elles d’aliments cuisinés ? L’art culinaire représente-t-il un progrès par rapport à l’alimentation naturelle ? Quelles sont ses conséquences exactes en matière de santé  et de maladies ? L’homme d’aujourd’hui serait-il encore capable de se nourrir sans recourir à la cuisine ? Quel serait l’impact d’une alimentation non transformée sur l’environnement, et quelles sont les conséquences écologiques des habitudes culinaires ?

Il est très difficile de répondre à ces questions par voie théorique. C’est pourquoi les réponses que peut apporter l’expérience de l’instinctothérapie sont cruciales. En résumé :

  1. L’individu qui pratique une alimentation strictement naturelle, et qui commence à consommer des aliments transformés, devient rapidement dépendant : les aliments transformés déjouent les barrières alliesthésiques, de sorte que les quantités absorbées dépassent les besoins réels ; aussitôt, les mécanismes alliesthésiques interviennent de manière à réduire la consommation ; ces mécanismes fonctionnent correctement avec les aliments non transformés, de sortes qu’ils deviennent désagréables au palais et provoquent des difficultés digestives; les aliments transformés restent agréables au palais, et prennent automatiquement le pas sur les aliments bruts ; la dépendance s’installe plus ou moins rapidement suivant les types d’aliments et de préparations. Avec le temps, toutes les ethnies qui ont commencé à cuisiner sont entrées en dépendance, et aujourd’hui, la planète donne le tableau d’une espèce humaine faisant exception par rapport à toutes les espèces animales en ce sens qu’elle serait incapable de survivre sans artifice culinaire.
  2. On sait aujourd’hui que l’alimentation joue un rôle déterminant dans la genèse des maladies les plus graves et les plus communes (athérosclérose, infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral, cancer, diabète, obésité…) ; or, l’expérience montre qu’une alimentation strictement naturelle protège contre toutes ces maladies, ainsi que contre les infections et les maladies parasitaires ; la recherche scientifique a pu montrer que les aliments naturels apportent de nombreuses substances capable de protéger contre ces maladies – quoiqu’il serait plus juste et plus simple de dire que l’alimentation culinaire prive les organismes des substances protectrices naturelles.
  3. Aucun raisonnement théorique ne permet de dire si l’homme moderne est encore capable ou non de se nourrir à long terme comme le faisaient ses ancêtres les primates, c’est-à-dire d’aliments trouvés dans la nature et exempts de toute préparation culinaire. Les scientifiques sont partagés, ou préfèrent ignorer le problème. Le sens commun laisse penser qu’un tel retour à une alimentation primitive n’est physiologiquement plus possible. L’expérience de l’instincto, menée par des milliers de personnes, a largement démontré le contraire, notamment la croissance d’enfants nourris sans aucun artifice culinaire depuis le plus jeune âge, et nés de mères elles-mêmes nourries de cette manière depuis de nombreuses années. Les expériences les plus longues représentent maintenant plus de cinquante ans de pratique, quarante pour les enfants.
  4. Une alimentation non transformée implique une réduction massive des quantités de céréales, la suppression des produits laitiers, une forte réduction des produits carnés et marins, et en revanche, une consommation beaucoup plus grande de fruits, d’oléagineux et de légumes. L’aspect des campagnes s’en trouverait complètement modifié : des vergers remplaceraient les champs de céréales, quelques carrés de culture maraîchères suffiraient pour les légumes, l’élevage, avec ses consommations massives de soja, de maïs et de céréales serait remplacé par quelques animaux et volailles courant en liberté sous les arbres. On voit immédiatement que le problème des monocultures, des pesticides, des déséquilivres hydrologiques, du déboisement et de la désertfication ne se poserait pas.

En définitive, on peut s’interroger sur le but de l’art culinaire. Ce but n’est pas conscient, vu qu’il se transmet de génération en génération. Que poursuit-on alors inconsciemment en passant chaque jour des heures devant les fourneaux ? Pour faire apparaître le but de nos efforts culinaires, il suffit d’essayer de manger les mêmes aliments, mais sans aucune préparation. On s’aperçoit alors que le but du cuisinier est de rendre bon des aliments qui sont rébarbatifs à l’état naturel, but apparemment louable.

Si l’on y ajoute ce que l’on peut démontrer par ailleurs à propos de l’alliesthésie alimentaire, à savoir que tout aliment est agréable aux sens s’il est utile au corps, et désagréable ou sans intérêt s’il est nuisible ou inutile, le but de toute recette de cuisine prend une tout autre signification : elle vise à nous faire manger ce que nous ne devrions pas manger…

L’art culinaire apparaît dès lors plutôt comme un piège dans lequel l’humanité serait tombée au cours des millénaires. Le tableau se corse encore lorsqu’on sait que le gluten présent dans la plupart des céréales, les exorphines du lait, ou certaines molécules générées par la cuisson exercent un effet d’addiction. Il est de ce fait à peu près aussi difficile de se libérer des habitudes culinaires que du tabagisme ou d’une toxicomanie quelconque.

Toutefois, les avantages d’un retour à l’alimentation naturelle compensent largement l’effort nécessaire, sur le plan de la forme, de la santé, de l’état psychique, et des plaisirs du palais.