Instincto et Maladies utiles

La recherche médicale a pour seul référentiel d’observation un ensemble d’individus nourris selon certains principes communs : cuisson, assaisonnement, céréales, lait et produits laitiers, etc. Même les animaux de laboratoire ne disposent pas d’une nourriture naturelle. Faute de groupe de contrôle, c’est-à-dire d’un groupe de sujets non exposés aux mêmes artifices, ou faute de prêter attention au facteur culinaire, il n’est pas possible de fonder ses raisonnements sur les critères du fonctionnement naturel de l’organisme. L’universalité des habitudes alimentaires amène inévitablement une confusion entre le normal et le pathologique. Un trouble que l’on rencontre régulièrement dans la population est considéré a priori comme partie intégrante des risques inhérents à la condition humaine, sans que rien n’incite à le mettre en relation avec ses causes alimentaires.

De cet état de fait découle que toutes les données médicales concernant le taux d’incidence des maladies, leur gravité, leur évolution, leurs séquelles, etc. sont hypothéquées par l’ignorance de ce que seraient les mêmes maladies dans un contexte alimentaire naturel. La question ne pouvant être explorée, ni même formulée, elle est simplement occultée par la majorité des chercheurs.

À titre de métaphore : si tous les conducteurs de voitures à essence utilisaient et avaient toujours utilisé un carburant inapproprié, par exemple mal raffiné, le sens commun attribuerait les défaillances des moteurs à leur type de construction ou à une utilisation défectueuse, ignorant comment ils fonctionneraient avec le carburant pour lequel ils ont été construits. De même, la médecine part du principe que les différentes maladies inscrites à la nosographie sont inhérentes aux données génétiques de l’organisme humain, ou à certains facteurs d’hygiène de vie (sédentarité, surmenage, stress, etc.), ou encore aux aléas des processus biologiques, faute de pouvoir cerner l’action de l’alimentation dénaturée.

En revanche, l’expérience instincto consiste à donner au « moteur » humain le carburant pour lequel il a été construit. Dans un référentiel alimentaire naturel, adapté aux données génétiques de l’organisme, il devient possible de définir les critères de son fonctionnement naturel. En ce qui concerne la pathologie, on peut ainsi répertorier l’évolution des différentes maladies, les types de symptômes, leur gravité, leur durée, leurs séquelles, et les comparer à ce qu’il en est dans les conditions alimentaires traditionnelles.

Dans ces conditions plus proches de la nature, les maladies se divisent manifestement en deux classes : les processus accroissant le désordre, ou « maladies vraies », entraînant une dégradation de certaines fonctions ou de certains organes ; les processus tendant à rétablir l’ordre, ou « maladies utiles », qui œuvrent au contraire pour l’intégrité de l’organisme et se soldent dans la majorité des cas par un bilan positif. Cette distinction se vérifie à l’usage : certaines affections persistent à plus ou moins long terme indépendamment de l’alimentation, tandis que d’autres disparaissent rapidement ou conservent une forme fruste sous alimentation naturelle, et voient leurs symptômes s’amplifier lors d’un retour aux aliments traditionnels.

Le paradoxe de « maladie utile » résulte du fait que la médecine conventionnelle nomme « maladie » tout processus mettant en cause la santé dans le référentiel ordinaire, ignorant que le même processus ne présente pas de caractère pathologique dans le référentiel alimentaire naturel. Une quarantaine d’années d’observations sur l’ensemble des personnes pratiquant l’instincto pendant des périodes plus ou moins longues a montré qu’il s’agit là d’un phénomène général, concernant la plupart des maladies dites infectieuses, c’est-à-dire attribuées à des virus ou des bactéries.

Par exemple la grippe : les symptômes que l’on observe dans les conditions traditionnelles sont souvent pénibles. Fièvre, fatigue, transpiration, catarrhes, diarrhées, imposent l’alitement du patient, et peuvent parfois compromettre le pronostic vital. La question se pose de savoir comment le même virus de grippe se manifeste dans les conditions alimentaires naturelles. Or, l’expérience montre que les mêmes symptômes sont le plus souvent à peine perceptibles. Après un temps suffisant de pratique, la grippe annuelle se passe pratiquement sans symptômes : le processus semble pourtant se dérouler et durer le même temps, mais sous forme fruste ou asymptomatique.

La première explication, conforme aux options actuelles de la virologie, serait que l’organisme dispose, grâce à une alimentation mieux adaptée, de meilleures défenses immunitaires. Il reconnaîtrait le virus plus tôt, empêcherait plus énergiquement sa multiplication, et saurait aussi mieux prévenir les complications. En d’autres termes, le virus constituerait un processus de désordre, que l’organisme mieux alimenté serait en mesure de contrer plus efficacement.

Mais si tel était le cas, le virus n’aurait pas d’effet visible. Or, même lorsque les symptômes restent extrêmement bénins, certains signes montrent que le processus viral est à l’œuvre : langue chargée, mauvaise haleine, odeurs corporelles, urines foncées — il est clair que l’organisme accomplit un travail. La question se pose alors de savoir quelle est la finalité de ce processus. S’agit-il, comme l’enseigne la virologie, d’un processus de défense contre le virus ? Cette explication n’a guère de sens, à partir du moment où le virus n’apparaît plus comme dangereux.

Une autre hypothèse mérite toutefois d’être examinée : le virus, dont on sait qu’il véhicule dans son enveloppe une certaine quantité d’information génétique, pourrait apporter aux cellules d’un organisme un sous-programme visant non pas à leur destruction, mais à mettre en œuvre certains processus d’ordre. Les bactéries, souvent associées aux processus viraux, pourraient assurer dans le cadre du même programme certaines fonctions annexes.

Cette idée trouve un appui dans le principe même d’homéostasie sur lequel repose la vie : un ensemble de processus organisés, extrêmement complexes, tend spontanément à revenir à l’équilibre chaque fois qu’une cause extérieure ou intérieure l’en éloigne. Une déperdition importante de calories, lors d’un bain froid par exemple, est aussitôt compensée par une activation du métabolisme du glucose et par des frissons augmentant son utilisation dans les muscles ; une température extérieure trop élevée déclenche à l’inverse une sudation visant à refroidir la peau. Ce retour spontané à l’équilibre existe nécessairement au niveau de toutes les fonctions vitales : sans cette capacité de rétablir l’ordre, toute sollicitation tendrait inévitablement vers la mort. Rien n’empêche donc de considérer certaines maladies comme des processus de cette nature, mobilisés par exemple pour éliminer des molécules étrangères d’origine alimentaire accumulées dans l’organisme.

La fièvre illustre bien cette ambiguïté. Représentant un écart par rapport à la température normale de 37°C, elle est a priori tenue pour un signe de désordre fonctionnel — une température exagérée peut en effet s’avérer mortelle, et il y a lieu de s’en inquiéter. Mais il ne faut pas négliger la possibilité qu’un paramètre s’éloigne de sa valeur normale au cours d’un processus biologique utile. Le fait qu’elle soit associée à des symptômes pathologiques dans le contexte alimentaire traditionnel ne permet pas de conclure à sa nuisance : ce n’est que dans le référentiel naturel, en observant comment se déroule la fièvre en dehors des nuisances de l’alimentation dénaturée, que l’on peut trancher. Or, cette prudence était déjà celle de la médecine des siècles passés, et une partie du corps médical actuel y revient, recommandant de ne pas couper une fièvre raisonnable, celle-ci n’ayant pas de nocivité en soi. Dans la mesure où les écarts observés sous instincto restent minimes et ne présentent aucun danger, la notion même de maladie s’avère ici caduque.

Une telle idée est-elle plausible ? Elle se heurte au consensus général, qui veut qu’un virus (étymologiquement « poison ») soit nécessairement un agent pathogène. Or, dans la majorité des cas de contamination, les virus courants restent silencieux, ou ne provoquent que des symptômes passagers (même dans le référentiel culinaire). De même, les bactéries ne sont pas nécessairement nocives : on distingue certes des bactéries pathogènes, mais sans savoir comment ces mêmes bactéries se comporteraient dans un contexte alimentaire naturel.

Deuxièmement, il faut que notre hypothèse soit compatible avec les données factuelles de la virologie et de la bactériologie. Rien dans les connaissances actuelles ne s’y oppose, si ce ne sont les habitudes de pensée du corpus scientifique et de la population en général. Une opinion majoritaire n’est cependant pas nécessairement fiable et ne doit pas empêcher l’exploration de schémas de pensée différents. L’ensemble des données scientifiques sur le comportement des virus et des bactéries trouve au contraire une explication plus logique.

Troisièmement : la définition d’une catégorie de maladies utiles prend tout son sens lorsqu’on sait que des molécules étrangères issues des pratiques culinaires ou de la consommation de produits étrangers à la palette alimentaire humaine peuvent s’accumuler dans l’organisme et provoquer des dysfonctionnements majeurs. Le processus d’ordre consiste alors à éliminer les matières les plus nocives. Il ne s’agit plus d’éviter des symptômes plus ou moins incommodants, mais de faire la balance entre les désagréments du processus et les conséquences potentielles ou déjà avérées des substances accumulées.

La notion de maladie utile, considérée en tant que processus d’ordre, doit obéir en toute logique à une série de critères :

Bilan positif:
Après la phase active, l’état général doit être amélioré — par exemple atténuation ou rémission des symptômes d’une maladie vraie, forme meilleure, rajeunissement, etc. C’est ce que traduisait déjà la sagesse des médecins d’antan à propos des maladies d’enfants, considérées comme favorables à la santé future.
Forme fruste:
Pendant la phase active, les symptômes doivent rester aisément tolérables, voire imperceptibles, et ne pas mettre l’individu en danger.
Durée limitée:
Un processus d’ordre, programmé par l’organisme, doit en principe ne durer que le temps de son utilité.
Absence de douleur inflammatoire:
la plupart des maladies doivent leur pénibilité aux douleurs qui les accompagnent ; or, sous instincto, les processus inflammatoires restent systématiquement dans les limites du supportable, si ce n’est totalement indolores.
Régulation homéostatique:
Au cas où un facteur extérieur aggrave le processus (manque de sommeil, surcharge alimentaire, fatigue excessive…), l’intensité des symptômes doit être ramenée à l’équilibre par une correction spontanée (endormissement plus impératif, baisse de l’appétit, économie de l’effort…).
Sensibilité du processus à certains aliments dénaturés ou étrangers à la palette alimentaire naturelle:
Si le processus d’ordre consiste à éliminer des molécules étrangères, l’introduction des mêmes molécules par voie digestive pourra soit emballer le processus, soit l’interrompre — ce qui se vérifie aisément en réintroduisant un à un les différents types d’aliments traditionnels : la réintroduction d’un facteur unique, par exemple les produits laitiers ou l’assaisonnement, produit des symptômes que l’on peut immédiatement mettre en relation avec leur cause.
Interruption du processus en cas de sollicitation importante de l’organisme:
L’obligation de fournir un travail excessif pourra dans certains cas amener l’organisme à supprimer ou différer le processus d’ordre, en vertu de la loi générale de l’économie d’énergie.
Durée ou intensité plus importantes chez les sujets dont le passé alimentaire est plus lourd:
Plus les désordres induits par l’alimentation dénaturée sont importants, plus les processus d’ordre seront longs et demanderont d’énergie.
Évolution moins favorable en cas de médications visant à interrompre le processus:
Des substances toxiques, constituant en soi un désordre supplémentaire, pourront bloquer un processus d’ordre, mais l’amélioration obtenue sera moindre ou inexistante.
Contagiosité:
Un processus utile à l’individu est également utile à l’espèce, on peut donc s’attendre, en termes d’évolution, à ce qu’il soit transmissible.

Sur le plan de la pratique médicale, la notion de « maladie utile » change profondément les perspectives thérapeutiques : on retrouve certaines règles de sagesse des médecins d’antan, qui recommandaient par exemple de « laisser sortir » une grippe. Le médecin conserve toute son utilité afin d’assurer la sécurité du patient, pour autant qu’il sache respecter le travail entrepris par l’organisme, même sous un diagnostic ordinairement considéré comme pathologique. Il faudra certainement bien du temps pour que le corps médical fasse ce pas.