Instincto et approvisionnement
Une alimentation naturelle n’est pas possible sans aliments naturels… Cette lapalissade prend une valeur toute particulière lorsqu’on sait que les mécanismes naturels de régulation nutritionnelle sont mis en défaut par les artifices culinaires et industriels, et même par les techniques agricoles. En effet, tout artifice quel qu’il soit se doit de rendre le produit plus agréable au palais, ou plus facile à consommer. Les cuisiniers le font pour le compte de nos palais, les industriels pour leur compte en banque, et les cultivateurs dans un but de rentabilité. Un produit travaillé moins attractif que le même produit à l’état nature serait immédiatement boudé par le consommateur, de sorte que quasiment tous les produits commercialisés déjouent d’une manière ou d’une autre la barrière alliesthésique…
L’humanité est en fait prise au jeu de ses propres artifices : elle invente toutes sortes d’astuces pour garantir sa subsistance et augmenter le plaisir de manger, sans être consciente de la désorganisation systématique de l’équilibre écologique et de son propre équilibre alimentaire. Un aliment qui augmente le plaisir du palais déjoue les mécanismes alliesthésiques et enzymatiques. Le déséquilibre nutritionnel et la pollution moléculaire qui en résultent ont des conséquences majeures sur la santé : obésité, maladies cardio-vasculaires, cancer, diabète, maladies auto-immunes et infectieuses.
En prise directe sur l’environnemet, les techniques agricoles sont profondément influencées par la perversion des goûts : dès l’aube du néolithique, l’hyperconsommation des céréales, des viandes et des produits laitiers a engendré une désertification géante à travers les brûlis et les monocultures, en même temps qu’une explosion démographique, cause à son tour d’une évolution vers l’élevage intensif, la déforestation galoppante, la pollution chimique des sols et des eaux, fléaux qui menacent aujourd’hui la planète dans son ensemble. De plus, les produits de cette industrie agricole n’ont pas les saveurs naturelles indispensables au fonctionnement des mécanismes alliesthésiques et des sensations de satiété, poussant à la boulimie généralisée.
Rares sont dès lors les produits que l’on trouve sur le marché et qui conviennent à la pratique instincto. Les fruits sélectionnés de génération en génération pour être plus attractifs que les fruits primitifs tendent à forcer la régulation alliesthésique, d’où un risque constant de surcharge. Les légumes ont été sélectionnés généralement pour conserver après cuisson des saveurs suffisamment relevées, ils sont souvent moins engageants à l’état cru que leurs ancêtres sauvages, d’où une tendance au déséquilibre « pas assez de légumes, trop de fruits ». Les viandes d’élevage, que les éleveurs ont sélectionnées depuis des milliers d’années de manière à atténuer les goût corsés des gibiers d’origine, présentent des saveurs anormalement faciles induisant une surcharge en protéines.
Par ailleurs, les primates sont adaptés génétiquement aux régions tropicales. Les aliments des régions chaudes sont en effet les plus attractifs (consommés nature) et également les plus répulsifs lorsque le besoin est couvert, ce qui traduit une meilleure adaptation de nos mécanismes gustatifs. Ils garantissent ainsi une meilleure équilibration et des apports nutritionnels optimaux. Certains d’entre eux sont indispensables et n’ont pas d’équivalents dans les régions tempérées.
Ces constatations contredisent l’idéologie « locavore » selon laquelle on ne devrait manger que les produits des régions proches. L’idéal autarcique est louable du point de vue écologique, mais il présuppose que nous habitions dans un région où poussent les aliments auxquels nous sommes génétiquement adaptés, ce qui n’est manifestement pas le cas.
La contradiction théorique provient d’une erreur archaïque : celle qu’on commise nos ancêtres en s’installant dans des régions qui ne produisent pas les aliments nécessaires à la palette alimentaire humaine. Ces déplacements de population ont été possibles grâce aux techniques culinaires et agricoles, et nous nous retrouvons maintenant pris au piège. En France, nous sommes dans des régions limites, où les fruits et légumes permettent tout juste de s’en sortir. Un parallèle plus au nord et il n’est plus possible de se nourrir sans artifices (bien que les Inuits mangeaient cru du temps où phoques et baleines n’étaient pas assaisonnés à la dioxyne et aux métaux lourds).
L’expérience montre qu’il est préférable de faire venir certains produits de régions chaudes de manière à disposer d’une palette plus « originelle », surtout lorsqu’existe un enjeu de santé. La pollution de l’atmosphère qui en résulte ne dépasse pas celle qu’engendre le transport des aliments courants. Dans un avenir qu’on peut espérer assez proche, les problèmes écologiques du transport pourront être résolus grâce à des techniques évitant toute pollution (moteurs à hydrogène), tout en étant assez rapides pour garantir fraîcheur et maturité des produits.
Conclusion : la constitution d’un approvisionnement adéquat est la condition sine qua non d’une alimentation naturelle correctement équilibrée et sans toxicité cachée.
Dans la pratique l’utilisation des produits locaux reste tout à fait acceptable, elle présente même l’avantage de moins dépayser le débutant. Mais il serait négatif de se priver des produits tropicaux, notamment lorsqu’on est confronté à un important problème de santé.
En ce qui concerne la qualité des cultures, il est de loin préférable, sinon impératif, de recourir à des produits de culture dite biologique ou biodynamique. Leurs saveurs plus naturelles et l’absence de résidus chimiques garantissent un meilleur équilibre et une meilleure assimilation, ainsi que des apports plus complets de vitamines et d’oligo-éléments.
La première règle à suivre pour se constituer un approvisionnement adéquat consiste à privilégier les produits « bio », avec une certaine conscience des pratiques réelles derrière leur production.