Instincto et Dégoût

Il ne faut pas confondre goût répulsif et dégoût. Le premier appartient aux mécanismes alliesthésiques : la saveur d’un aliment naturel passe toujours d’une phase agréable à une phase désagréable en cours de consommation, au moment où le besoin du corps est couvert. L’inversion du goût appartient donc à l’homéostasie nutritionnelle, elle intéresse l’équilibration alimentaire, la couverture des besoins du corps et l’év itement des surcharges digestives ou métaboliques.

Le dégoût dépend beaucoup plus des expériences passées faites avec les différents aliments. Il faut dès lors distinguer le dégoût psychologique et le dégoût physiologique.

Un dégoût psychologique peut avoir des causes diverses : mauvaise expérience avec un aliment qui a provoquée nausée ou vomissement ; confusion avec un aliment toxique ; induction purement psychologique, par exemple idée que cet aliment est lié à quelque chose de répugnant, que la viande provient du cadavre d’un animal, etc. ; ou encore association avec une situation traumatisante, comme un accident, la vue d’un cadavre, etc. 

Le dégoût physiologique ne survient que lorsque l’aliment consommé provoque soit une intoxication directe, soit une détoxination : il appartient donc au système immunitaire. Il repose soit sur une expérience organique, inscrite dans la mémoire immunitaire (l’organisme se « souvient » d’une intoxication grâce à la présence d’anticorps et de lymphocytes sensibilisés à l’antigène) ; soit sur une programmation génétique permettant de reconnaître une toxine sans apprentissage (par exemple le dégoût pour l’odeur d’une charogne).

Par exemple, avaler une huître avariée, ou simplement son odeur provoque une réaction de nausée. Cette protection ne fonctionne pas toujours de manière fiable, on peut l’optimiser en respectant scrupuleusement les premiers signes d’écoeurement ou de malaise. Certaines toxines (par exemple celle du botulisme) ne sont toutefois par repérables, ni par les sens olfactif et gustatif ni par les réactions de dégoût, d’où l’importance d’avoir des aliments frais et conservés dans de bonnes conditions d’hygiène.

Des réactions de dégoût apparaissent parfois avec des aliments parfaitement consommables, indépendamment des signaux alliesthésiques. Un aliment peut avoir bon goût et pourtant déclencher écoeurement ou un vomissement. Il peut même avoir un odeur assez attirante, et provoquer dans le même temps une nausée. Comment expliquer l’apparente contradiction ?

L’expérience montre qu’il s’agit de deux ordres de choses différents : un aliment peut en principe répondre à un besoin du corps et, parallèlement, déclencher une réaction de détoxination. Le dégoût permet donc d’éviter des réactions de détoxination inopportunes. Mieux vaut donc le respecter, afin de conserver une forme optimale.

Toutefois, l’intégrité de l’organisme ne peut se rétablir qu’à travers l’élimination des toxines accumulées sous l’effet de l’alimentation dénaturée. Les réactions de détoxination sont nécessaires, mais ne doivent pas dépasser certaines limites. L’expérience a montré que le dégoût assure la régulation de ces réactions : plus elles sont fortes, plus le dégoût est fort pour les aliments qui pourraient les emballer, puis le dégoût disparaît lorsqu’elles ne présentent plus de danger. On constate par exemple que le dépassement des sensations de dégoût produites par certains aliments peut accroître la fatigue, les problèmes intestinaux, les odeurs excrémentielles, la tendance inflammatoire, la fièvre, les éruptions, symptômes liés à l’intensité de la détoxination. Le renoncement aux aliments en question atténue rapidement ces symptômes (en quelques jours), ce qui traduit l’arrêt de la détoxination.

La solution la plus logique consiste donc à ne pas forcer systématiquement la barrière du dégoût, afin de ne pas emballer les réactions de détoxination. Le dégoût face aux aliments qui le déclenchent s’intensifie lorsque les réactions vont trop loin, il suffit donc d’apprendre à lui obéir.

A contrario, un blocage prolongé contre un aliment appartenant à la palette alimentaire naturelle mais provoquant systématiquement une réaction de dégoût, recouvre le plus souvent une « paresse » de l’organisme face au travail de détoxination qu’il devrait entreprendre pour éliminer des toxines accumulées lors de la consommation d’aliments inadaptés à la génétique humaine (céréales cuites, produits laitiers, etc.). Il peut donc être utile de surmonter un dégoût de cette nature, de manière à déclencher une réaction de détoxination, puis de bien se mettre à l’écoute du corps afin de la maintenir dans les limites optimales.