Instincto et Liberté individuelle

Tout régime est un privation de liberté, et c’est au nom de la liberté individuelle que l’on décrie à juste titre les régimes. Se priver de plaisir est une entrave à la liberté, et les plaisirs gastronomiques ne sont pas des moindres.

Peut-on dire alors qu’une alimentation naturelle constituerait une privation de liberté ? Tel serait le cas si les plaisirs qu’elle apporte seraient moindres que les plaisirs de l’art culinaire. Or, les goût que l’on ressent aux aliments naturels varient en fonction de l’état du corps. Dès qu’il y a surcharge ou simple couverture des besoins, le plaisir du palais diminue. Ce mécanisme « alliesthésique » appartient à la régulation nutritionnelle naturelle, c’est grâce à lui que l’organisme s’équilibre spontanément.

L’artificice culinaire a pour but d’augmenter le plaisir. La conséquence en est qu’il nous pousse à manger ce dont nous n’avons pas réellement besoin. Le plaisir ressenti avec un aliment inutile ou nuisible est en soi une illusion : on croit se faire du bien, alors qu’on se fait du mal. De plus, les surcharges induites par la consommation d’aliments inutiles fait par nature baisser le plaisir ressenti avec les aliments naturels, de sorte que l’on se retrouve en quelque sorte prisonnier de l’artifice culinaire. Se priver de ce type de plaisir est-il alors une perte de liberté, ou une liberté retrouvée ?

Tout dépend du niveau de plaisir obtenu dans un cas et dans l’autre. Si le total de plaisir rendu possible par les différents artifices culinaires est supérieur au total de plaisir que l’on aurait avec les aliments naturels, renoncer à l’art culinaire constituerait une perte le liberté, sachant que la liberté consiste à avoir le droit de rechercher le maximum de plaisir.

Si c’est au contraire le total des plaisirs apportés par les aliments naturels qui l’emporte, l’alimentation naturelle représente une libération : plus besoin de modifier les aliments, la jouissance s’obtient simplement en choisissant les aliments naturels eu plus près des besoins, car c’est lorsqu’ils répondent le mieux aux besoins du corps que le plaisir du palais est le plus élevé.

On constate ainsi que c’est simplement l’ignorance des lois naturelles du plaisir qui suscite la problématique de la perte de liberté. Les régimes privent effectivement de la liberté du plaisir, vu qu’ils ne font que limiter les possibilités gastronomiques sans apporter ni solution fondamentale ni plaisirs substitutifs. L’alimentation progénétique permet en revanche de retrouver le niveau de jouissance incommensurable qu’apportent les aliments donnés par la nature lorsqu’ils répondent aux besoins réels de l’organsime. Cela grâce à la définition claire des conditions permettant aux mécanismes alliesthésiques de réguler l’équilibre nutritionnel. Il est ainsi possible de prendre conscience de l’illusion des faux plaisirs issus de l’artifice et de retrouver l’harmonie de l’état naturel et de la véritable liberté du corps et de l’esprit.

Reste l’aspect écologique : les pratiques culinaires sont nuisibles pour l’organisme et pour l’environnement. À l’échelle de l’humainté, cette nuisance est l’une des plus importantes parmi toutes les activités humaines, tant par la perte d’énergie, par la pollution culinaire due aux molécules dénaturées par la chaleur, que par la charge pour la communauté que représente les maladies et les dégénérescences de l’âge. Or, toute liberté est conditionnée par le fait qu’elle ne porte pas préjudice à autrui. La question se pose donc de savoir dans quelle mesure la liberté de dénaturer sa propre alimentation ne dépasse pas les limites du droit individuel, tout comme la chose est maintenant reconnue pour le tabagisme passif.