Instincto et Recherche analytique
La science cherche de manière générale à établir des relations de cause à effet afin d’expliquer le comportement des systèmes matériels ou biologiques. Elle doit pour ce faire passer par l’analyse, afin d’isoler les différentes causes et les différents effets.
La méthode analytique est très efficace lorsqu’il s’agit de systèmes relativement simples, comme un moteur, le mouvement d’un glacier, le vol d’un avion.
Il en va tout autrement lorsqu’il s’agit de systèmes complexes comme l’est un organisme vivant. Le nombre des « pièces détachées » et des paramètres de fonctionnement est tel, que l’approche analytique est inévitablement simplificatrice. C’est-à-dire qu’elle se contente de quelques éléments qu’elle parvient à isoler, passant inévitablement à côté de facteurs, de mécanismes et d’interactions innombrables dont l’ignorance ou l’omission peut profondément hypothéquer la représentation des phénomènes.
Un moteur est égal à la somme de ses composantes : il peut être démonté en pièces détachées, puis remonté, et il fonctionnera parfaitement. Ce n’est pas le cas d’un organisme, ni d’une cellule. Ceci démontre que l’organisme ne peut pas être représenté par la somme de ses composantes : il y a un nombre incommensurable d’interactions entre les différentes parties et les différentes mécanismes et, de plus, on ne connaît pas les propriétés exactes et complètes des éléments que l’on prend en compte.
Les aléas de l’approche analytique peuvent avoir de graves conséquences dans toutes les sciences humains, à commencer par la médecine. La découverte d’un mécanisme pathogène incite à administrer une médicament censé le combattre, alors que bien d’autres processus biologiques peuvent être impliqués. Il est dès lors difficile de prévoir les « dommages collatéraux » d’un traitement, notamment lorsqu’il s’agit d’effets à long terme et de domaines que les théories existantes ne mettent pas en relation avec le mécanisme visé.
Quelques exemples : On constate dans les années 50 qu’une molécule utilisée comme somnifère permet de combattre les vomissements chez les femmes enceintes. Des milliers de futures mères en bénéficient, jusqu’à ce qu’on se rende compte que, même après une dose unique entre le 34e et le 50e jour de grossesse, de nombreux bébés naissent sans membres. Dix mille enfants sont victimes de la thalidomide avant qu’on la retire du marché.
Les chirurgiens, perplexes devant la présence d’une espèce de burette à huile suspendue sous le côlon ascendant, ne lui trouvant aucune fonction si ce n’est qu’il s’enflamme parfois pour des raisons obscures, décident qu’il s’agit d’un résidu d’organe primitif oublié par l’évolution ; pendant des décennies, on multiplie les apendicedctomies, même à titre préventif, jusqu’à ce qu’on constate que cet organe joue un rôle dans l’immunologie intestinale et dans la régulation de la flore bactérienne. Du coup, les opérations se raréfient…
On prescrit contre le diabète de type II une molécule nouvelle, l’onisomédione (?), qui a pour propriété de réduire le taux de glucose dans le sang. Après des années, on constate que ces molécules aggravent l’ostéoporose, multipliant par deux le risque de fractures de hanches.
Afin de lutter contre les fausses couches et d’éviter aux femmes prédisposées de passer des mois au lit dans l’attente du grand jour, on leur prescrit une hormone de synthèse, le destylbène, copie (presque) conforme de la progestérone naturelle. Ça marche, mais on s’aperçoit bientôt que ces femmes font des cancers, que leurs enfants souffrent de malformations génitales et font des cancers, que les petits enfant font des cancers… Le « presque conforme » avait négligé un détail, mais en matière de biologie, les détails peuvent avoir des conséquences incommensurables.
Question préalable : le paradigme de recherche analytique en matière de nutrition et de pathologie est-il vraiment scientifique ? A-t-on démontré que la sommation des éléments isolés par l’analyse équivaut à la totalité vivante ?
Ce postulat (que le tout serait égal à la somme des parties) n’est généralement pas explicité, ni mis en doute, ni vérifié. Sachant qu’il est faux, on préfère l’occulter. La biochimie, la biologie moléculaire renvoient aux éléments constituants de la matière, comme elles ont permis de belles avancées, on les prend pour référence. On oublie au passage que l’addition des éléments en lesquels on prétend décomposer un organisme ne permettent pas de reconstruire un être vivant. C’est oublier par exemple que l’on ne connaît qu’une fraction des enzymes qui sont à l’oeuvre dans les différents mécanismes vitaux, et pas grand-chose sur les structures des molécules complexes par rapport à tout ce qu’il faudrait connaître.
La science analytique avance à tâtons, elle s’appuie sur des statistiques qui cautionnent souvent les fausses interprétations lorsqu’on ne connaît pas tous les facteurs en cause ; elle reconstruit une représentation simpliste de la réalité vivante et prétend en déduire des lois, quitte à s’étonner des incohérences, voire à masquer les échecs thérapeutiques dans de nombreuses maladies. L’histoire a toujours voulu que les hommes de chaque époque aient l’impression de tout savoir, quitte à voir leurs croyances ridiculisées par les générations suivantes et la science moderne n’échappe sans doute pas à cette règle.
La démarche analytique part du référentiel ordinaire, alors que l’instincto restaure un référentiel naturel, à partir duquel il est plus facile d’isoler les causes de nuisance. En effet, la recherche conventionnelle a pour principe de démontrer la nocivité d’un facteur, que l’on a des raisons de suspecter, en le soumettant à une approche statistique. La démarche instincto procède dans le sens inverse, en supprimant tous les artifices culinaires de manière à établir empiriquement les critères du fonctionnement naturel, puis en réintroduisant tour à tour chaque artifice de manière à en évaluer les effets : elle a ainsi beaucoup plus de facilité à mettre en évidence les causes de troubles recouvertes par la tradition alimentaire, car elle n’a pas besoin de les suspecter a priori.
De plus, la méthode analytique part du postulat que l’organisme est une somme de composants et de fonctions et s’intéresse à chaque élément séparément ; un facteur de trouble inconnu au départ n’est que très difficilement mis en évidence. L’approche globale proposée par l’instincto part au contraire du fonctionnement d’ensemble, en plaçant l’organisme dans un environnement aussi proche que possible de celui qui a présidé à l’élaboration du génome humain, tout en restaurant les fonctions naturelles comme l’alliesthésie olfactive et gustative. Les observations sont ensuite interprétées en fonction des connaissances analytiques,
Un exemple : votre moteur fume et tire mal. La méthode analytique consistera à le démonter, à chercher une pièce défectueuse, un réglage déréglé, à analyser le carburant. La méthode globale se contentera d’examiner l’histoire du moteur : les pistons ont-ils des raisons d’être usés, quelqu’un de malveillant s’est-il approché de la voiture et a-t-il pu verser du sucre dans l’essence, ou peut-être le propriétaire a-t-il cru bien faire de forcer le niveau d’huile, ou encore a-t-il fait le plein de fuel au lieu d’y mettre du super… On voit bien que les deux méthodes sont complémentaires, voire indissociable.
Or, ce que fait la recherche médicale en matière de nutrition et de pathologie, c’est de s’occuper essentiellement des pièces du moteur, mettre en lumière les mécanismes physiologiques et biochimiques de l’assimilation, du système immunitaire, etc. et de chercher dans le carburant, c’est-à-dire dans l’alimentation, les composants utiles au métabolisme, nutriments, vitamines, oligo-éléments, cela en oubliant que quelqu’un a pu mettre du sucre dans le carburant.
L’idée que quelque chose de fondamental n’est pas en ordre dans la nourriture traditionnelle est occultée, on cherche tout au plus certains excès de températures ou certaines contaminations bactériennes pour expliquer des dysfonctionnements, telles des substances cancérigènes dans les fritures ou des toxines par suite de mauvaise conservation, et autres aléas ressentis comme exceptionnels. Bref : le sucre dans l’essence. Mais on néglige systématiquement le fait qu’il peut y avoir erreur sur le carburant, que le propriétaire s’est trompé de pompe, en d’autres termes : que l’alimentation traditionnelle, issue de l’art culinaire, ne correspond pas forcément aux données du moteur humain, et la recherche avance péniblement, ajoutant les découvertes ponctuelles aux découvertes ponctuelles.
La démarche analytique devrait au moins toujours se doubler d’une approche empirique. Les deux approches menées en complémentarité permettraient d’aller beaucoup plus vite. Sur le plan théorique, la question de l’adéquation du carburant, c’est-à-dire de la correspondance entre les productions de l’art culinaire et les données génétique humaines, conduirait automatiquement à suspecter tant les transformations de saveur que la dénaturation des molécules naturelles par les réactions chimiques inhérentes à la préparation culinaire, ou encore l’introduction de molécules nouvelles dans le système d’assimilation comme le lait animal et ses dérivés ou autres aliments non consommables à l’état naturel (haricots, pommes de terre, céréales, etc.).
Sur le plan de l’expérimentation animale également, au lieu d’administrer à des souris des substances cancérigènes à côté d’un alimentation conditionnée sous forme de bouchons, qui elle-même peut déjà contenir toutes sortes de facteurs de désordre, on alimenterait ces animaux de la manière la plus naturelle possible, calquée sur les aliments qu’ils trouvent dans la nature ; l’effet de chaque facteur de désordre apparaîtrait beaucoup plus nettement, de même que celui de leur combinaison.
La multiplicité des facteurs a encore une autre conséquence : si l’on supprime un aliment suspect pour identifier sa nocivité, d’autres aliments peuvent générer les mêmes troubles, de sorte qu’on aura tendance à innocenter l’aliment soupçonné.
La question se complique encore par les interactions des nombreux facteurs de troubles présents dans le référentiel alimentaire ordinaire. Toutes sortes d’aliments dénaturés, d’aliments étrangers à la palette alimentaire humaine, de résidus chimiques, de déséquilibres etc. peuvent comprendre chacun un ou plusieurs facteurs de nocivité. Les combinaisons entre les divers facteurs pouvant avoir des actions différentes de celles de chaque facteur isolé, il est extrêmement difficile d’établir des relations de cause à effet.
De même, si un moteur à essence est soumis à un grand nombre de causes potentielles de pannes, impuretés dans le carburant, manque d’eau de refroidissement, vitesse de rotation excessive, température de l’air anormale, huile inappropriée, déréglage du carburateur, jeu autour des pistons, etc., le mécanicien ne pourra que très difficilement identifier les facteurs responsables d’un dysfonctionnement. Alors qu’en présence d’un seul facteur de perturbation, la relation de cause à effet s’établit facilement, l’effet apparaissant avec la cause et disparaissant dès sa suppression.
tendant à faire apparaître les causes de désordre en supprimant a priori toutes celles que l’ont peut suspecter, pour les réintroduire ensuite une à une. Si l’on peut avoir des raisons de suspecter tel ou tel artifice, susceptible de perturber un équilibre primitif, il faut le supprimer, et en faire autant de tous les facteurs douteux, on peut ainsi beaucoup mieux isoler les causes de dysfonctionnement, sans être livré à la cécité des statistiques. La recherche analytique avance à tâtons, à la manière d’un aveugle, alors qu’une démarche empirique assure de ne négliger aucun facteur ni aucun mécanismes sous-jacent à un trouble, elle ne permet pas, en revanche, de faire apparaître ces mécanismes isolément. Mais les mécanismes isolés par l’approche analytique sont coupés de la réalité.
comment fonctionne l’organisme humain s’il est alimenté conformément aux lois naturelles, c’est-à-dire en évitant tous les artifices, culinaires et autres, susceptibles de modifier
une vache est faite pour brouter de l’herbe, son tube digestif est équipé de plusieures poches et de bactéries qui lui permettent de digérer les fibres végétales. Comment se développera la même vache si on la nourrit avec des excréments de poulets mélangés à de l’herbe séchée à chaud ?