Instincto et Réplétion

L’organisme dispose de plusieurs mécanismes de régulation chargés d’assurer son équilibre alimentaire. Le premier système de contrôle assurant le choix et le contrôle des rations est constitué par l’alliesthésie olfacto-gustative. C’est elle qui permet d’identifier les aliments les plus appropriés et d’en limiter l’ingestion en fonction des besoins. Toutefois, par exemple au cas où une carence importante pousserait à absorber des quantités d’un aliment donné qui dépasserait le potentiel digestif, un deuxième système existe au niveau de l’estomac : la sensation de replétion.

Les mécanismes alliesthésiques ne fonctionnent que de manière très aléatoire avec les aliments transformés, c’est sans doute pour cette raison qu’ils ont été longtemps négligés. Ils n’ont plus rien de fiable, vu qu’un mets peut fort bien paraître savoureux et s’avérer nuisible, les exemples sont foison (frites, chips, saucisses grasses, beurre, grillades etc.).

En revanche, les sensations de réplétion fonctionnent de manière assez indépendante de la préparation culinaire. C’est pourquoi ils sont très généralement considérés comme le principal indicateur de régulation alimentaire. Dans le cadre instincto, ils conservent une grande importance, quoiqu’intervenant en seconde place : l’odorat et le goût ont une fonction de sélection et de limitation à l’admission, un peu à la manière d’un carburateur, alors que la réplétion intervient dans un second temps, indiquant une surcharge éventuelle du potentiel digestif ou d’autres intolérances possibles après digestion.

Il s’agit d’un système très sophistiqué, étant donné que les indications d’acceptation et de refus dépendent de l’état de l’organisme, de ses réserves en glucose, en acides aminés et en lipides, de carences éventuelles, ainsi que de troubles possibles (par exemple lors d’une incubation virale, l’attraction olfactogustative baisse et la sensation de réplétion intervient beaucoup plus rapidement).

La régulation alliesthésique et la régulation par réplétion restent indépendantes, elles n’assurent pas exactement les mêmes fonctions. Un aliment peut par exemple répondre à un besoin d’une ampleur telle que la quantité nécessaire ne pourrait être digérée en un seul repas. Dans un tel cas, on constate une baisse très faible de l’attraction gustative, alors qu’il faut impérativement stopper la prise alimentaire si l’on ne veut pas avoir de difficultés de digestion. Autre cas de figure : celui où l’aliment consommé risque de déclencher une réaction de type immunitaire (allergie, tendance inflammatoire générale…) ; la réplétion survient dans ce cas avant que le potentiel digestif ne soit atteint, parfois après une très petite quantité, comme une sorte de signal d’alarme annonçant un risque d’emballement ; il faut évidemment respecter l’avertissement si l’on veut donner au corps les meilleures conditions de rétablissement.

Forcer régulièrement la réplétion a pour effet une dyspepsie chronique (lourdeur digestive), des flatulences, des troubles intestinaux, mais aussi une amplification des processus inflammatoires (catharre, angine, blépharite, proctite, etc.). L’inflammation est en soi un processus utile, mais au-delà d’une certaine limite, que seul l’organisme est capable de déterminer de manière fiable, elle devient nuisible, voire dangereuse.

L’alliesthésie olfacto-gustative, ainsi que la réplétion, qui est en soi également une forme d’alliesthésie, appartiennent à ce que l’on peut appeler l’instinct alimentaire : ce sont des automatismes, sur lesquels la volonté consciente n’a que très peu de prise, et qui visent au maintien ou au rétablissement de l’équilibre vital.

Elles nécessitent toutes deux une rééducation, car elles ont le plus souvent été négligées et constamment transgressées, les surcharges étant combattues à coups de digestifs, d’excitants, d’anti-inflammatoires, etc. Pour de nombreux débutants, les sensations de réplétion sont quasiment imperceptibles. Il faut alors être extrêmement attentif au langage du corps, et stopper les prises alimentaires au premier signe réplétif, même très ténu, ou au moins observer le malaise digestif qui suit une transgression pour refaire l’apprentissage de ce mécanisme de régulation essentiel.

N.B. : l’adjectif « réplétif », désignant ce qui sert à remplir, est utilisé ici en référence à la réplétion, par exemple : régulation alliesthésique et réplétive, signaux réplétifs, etc.

Pratique

Il n’est pas facile de rester à l’écoute des signaux de réplétion. Quelques règles simples peuvent aider à la rééducation :

  1. Se concentrer sur l’aliment que l’on mastique, de manière à « entrer » dans sa saveur.
  2. En même temps, rester sensible aux sensations éprouvées au niveau de l’oesophage pendant la déglutition.
  3. À la première sensation de satiété, qui siège généralement au haut de l’estomac, interrompre la consommation.
  4. Guetter aussi la première impression « d’avoir un estomac », même si elle n’est pas accompagnée de satiété.
  5. Ne pas commencer à manger un aliment lorsque cette sensation d’avoir un estomac est présente : la « collision » entre les deux aliments compliquerait la digestion, celle de l’aliment précédent n’étant pas encore suffisamment amorcée.
  6. Ne pas se forcer à finir les restes, mais mettre l’aliment entamé au réfrigérateur ou au séchoir de manière à le tester ultérieurement.