Instincto et Système immunitaire
L’organisme dispose d’une véritable armée, parfaitement organisée, de toute un système de défense contre les agents pathogènes, microbes, molécules indésirables. Pourquoi l’appelle-t-on système immunitaire ? Parce qu’il garantit l’immunité de l’organisme face aux agressions extérieures.
Le Petit Robert donne pour définition : immunité est la propriété que possède un organisme d’être réfractaire à certains agents pathogènes
. Les plus anciens animaux du monde possédaient déjà un système immunitaire, même des organismes aussi rudimentaires que les étoiles de mer. En fait, ça découle des lois de l’évolution: il faut que chaque espèce se défende au mieux contre tout agresseur, microscopique comme macroscopique.
La notion d’immunité remonte à l’Antiquité chinoise. Elle s’est imposée dans la médecine occidentale avec la redécouverte de la vaccination contre la variole, par Jenner en 1796 (les médecins chinois utilisaient des résidus de pustule de varioleux pour immuniser les b ien-portants, alors que Jenner a eu l’idée de partir des pustules du cowpox, forme de variole contractée par les bovins, d’où le nom de vaccine tiré de vacca = vache en latin). La compréhension des processus infectieux a bénéficié des travaux de Pasteur, avec la mise en évidence des bactéries, le vaccin contre la rage et l’hypothèse des virus.
À la fin du XIXe, on distinguait déjà l’immunité dite cellulaire, effectuée par des globules sanguins spécialisés capables de phagocyter des microbes, et l’immunité humorale, où ce sont des protéines spécifiques, ou anticorps, qui se fixent sur des corps étrangers.
Au XXe siècle, on découvre l’anaphylaxie, réaction démesurée de l’organisme à des substances étrangères, d’où la recherche de méthodes de désensibilisation contre les « allergies », puis on parvient à isoler et classer les anticorps, nommé alpha-, bêta-, ou gammaglobuline (ils ont en réalité la forme d’un Y et non d’un globe).
Les anticorps sont des protéines synthétisées par les lymphocytes B, petits globules blancs capables de reconnaître une molécule étrangère (soit isolée, soit présente sur la membrane d’une bactérie ou d’un virus), puis de fabriquer des anticorps spécifiques, molécule en forme de Y dont les petites branches ont un relief qui leur permet de se fixer sur les molécules ciblées.
Les anticorps ont pour fonction soit de neutraliser la molécule étrangère, soit d’appeler à la rescousse les macrophages, gros globules blancs chargés de faire le ménage, pour qu’ils phagocytent (capturent et digèrent) le microbe signalé par l’anticorps. Ce travail de nettoyage va de pair avec un processus inflammatoire : gonflement des tissus, rougeur, sensibilité voire douleur. Avec le microscope électronique il est possible de visualiser directement la destruction de bactéries par les macrophages.
Le point qui s’avère capital en matière d’alimentation est que les anticorps sont mis en action contre des molécules, le plus souvent des protéines, soit portées par des microbes, soit circulant librement dans le sang. On voit immédiatement que des molécules apportées par l’alimentation, au cas où elles sont incomplètement dégradées par les mécanismes de digestion et d’assimilation, pourront être reconnues comme étrangères et déclencher la formation et l’action des anticorps. Il existe ainsi un équilibre écologique entre les molécules livrées par l’alimentation et le système immunitaire.
On peut s’étonner que ce point, qui découle de la simple logique, n’ait pas été approfondi plus tôt par les immunologistes : cela tient certainement au tabou qui a longtemps régné en médecine quant aux rapports entre alimentation et maladies. La théorie de la barrière intestinale, censée ne laisser passer que les molécules alimentaires complètement dégradées (donc sans propriétés antigéniques), a longtemps inhibé les chercheurs : ils ne pouvaient pas prendre en considération la pénétration de molécules d’origine alimentaire perturbatrices dans les masses circulantes, et cette éventualité est restée tabou. Les médecins et professeurs interrogés à ce sujet dans les débuts de l’instincto ont tous levé les bras au ciel : comment peut-on oublier que la barrière intestinale protège contre toute molécule indésirable.
Les fondements de l’instincto nous permettent d’abord de postuler que certaines molécules dénaturées par les réactions chimiques culinaires, ou provenant d’aliments étrangers à la palette alimentaire naturelle de l’homme, échappent aux enzymes du système d’assimilation et passent dans les masses circulantes en conservant des structures antigéniques, telles que le système immunitaire les reconnaît comme étrangères.
Ce postulat nous renvoie immédiatement aux cas de figure suivants :
- Si certains antigènes pénètrent régulièrement dans les masses circulantes, le système immunitaire réagira d’abord par une intolérance : une hypersensibilisation amènera les lymphocytes à sécréter trop d’anticorps, d’où des réactions inflammatoires excessives de type allergique. On constate effectivement avec l’instincto une réduction de tous les symptômes ordinairement liés à l’inflammation (oedème minime, douleur nulle au aisément supportable, érythème absent ou modéré). Les troubles allergiques disparaissent aussi régulièrement après quelques semaines, parfois en quelques jours (asthme, eczéma, rhinite saisonnière).
- Si la pénétration d’antigène perdure au-delà d’un certain temps, l’intolérance bascule en tolérance. L’organisme obéit à une loi d’économie d’énergie et renonce à réagir si le facteur d’agression se maintient trop longtemps. Une tolérance immunitaire signifie que le système de défense restera sans réaction contre les antigènes concernés, mais également sans réaction contre des cellules cancéreuses signalées par des antigènes analogues. Or, la pénétration d’antigènes alimentaire est quotitienne, elle dure des années ; il y a donc lieu de craindre que tout un éventail de tolérances ne s’installe au cours de l’existence, inhibant de plus en plus les réactions aux divers antigènes portés par les cellules cancéreuses.
La tolérance laisse par ailleurs les antigènes alimentaires s’accumuler dans l’organisme. Ces molécules étrangères, n’entrant pas dans les circuits normaux de l’assimilation, pourront s’installer selon leurs affinités sur tel ou tel organe, dans tel ou tel type de tissu, sur les cartilages des articulations, etc. Si survient alors un facteurs déclenchant une sortie de tolérance, on prévoit immédiatement ce qui peut se passer : le système immunitaire, alias les lymphocytes, vont attaquer les cellules propres de l’organisme, qu’il reconnaîtra comme étrangères au corps, puisque porteuse d’antigènes ne faisant pas partie de la liste des molécules maison. Ainsi s’expliquent les rapports que l’on observe effectivement entre l’alimentation et les maladies auto-immunes : la simple correction de l’hygiène alimentaire permet d’obtenir des rémissions ou des réductions importantes de symptômes. Le processus est même étonnamment rapide, ce qui plaide pour une action stimulantes des antigènes alimentaires après sortie de tolérance. Il se peut aussi que les antigènes normaux des cellules de l’oganisme ressemblent aux antigènes alimentaires, le mécanisme auto-immun s’explique alors par une confusion du système immunitaire (cette explication trouve une confirmation dans le fait que le diabète de type 1 serait causé par l’absorption du lait de vache par les jeunes enfants, certaines protéines bovines ressemblant aux protéines membranaires de cellules du pancréas chargées de sécréter l’insuline : le système immunitaire, excité par les protéines bovines, s’en prend alors aux cellules pancréatiques, l’organisme manque d’insuline et les symptômes de diabète apparaissent (hyperglycémie après les repas ou hypoglycémie à jeun suite au manque de réserves de glucose).
On voit ainsi comment l’hypothèse de départ de l’instincto (inadaptation de l’alimentation traditionnelle aux données génétiques de l’organisme, ou inadaptation génétique de l’organisme aux données de l’alimentation traditionnelle) permet de tracer les lignes directrices des anomalies immunitaires responsables de maladies graves, allergiques, cancéreuses ou auto-immunes. L’occultation du problème alimentaire par la médecine peut dès lors expliquer l’incapacité actuelle de formuler des schémas d’explication clairs pour ces pathologies.