Instincto et Tabagisme
Quel est le fumeur qui ne voudrait se passer de cigarette ? Les nuisances du tabac, niées pendant des générations, sont depuis le début de ce siècle entrées dans les lieux communs. La difficulté est de se libérer de la dépendance à la cigarette. La nicotine est indispensable au fonctionnement du cerveau, il en existe la dose adéquate dans l’organisme à l’était na mais un apport extérieur a pour effet de faire diminuer le nombre des récepteurs sur les neurones, de sorte que l’arrêt du tabac produit une période de manque, jusqu’à ce que le nombre normal de récepteurs se soit rétabli.
Il existe aussi une dépendance psychologique, qui se traduit notamment par un sentiment de frustration au niveau de la gestuelle : allumer sa cigarette, l’apporter à sa bouche, aspirer et rejeter la fumée constitue un rituel social doublé d’un conditionnement par l’effet de la nicotine. Le fumeur est un peu comme un animal dressé à un comportement stéréotypé, qu’il ne peut pas abandonner sans un double sentiment de vide comportemental et de perte de contact social.
Troisièmement, il faut se demander pourquoi les humains ont inventé la fumée. Le calumet de la paix existe dans les sociétés traditionnelles, comme les Indiens d’Amérique, sans doute depuis des millénaires. La nicotine produit un état d’euphorie, mais pour quelle raison recherche-t-on cet état d’euphorie ? Tout simplement parce qu’on se sent mal dans sa peau.
Seulement, on ne sait plus comment on devrait se sentir psychiquement sans les désordres métaboliques et neurologiques induits par les aliments dénaturés. Seule l’expérience empirique permet de répondre à cette question.
Or, on observe ceci : la nicotine, comme tous les excitants ou euphorisants, ne fait que perturber l’état de bien-être naturel. Autrement dit, l’état normal, dans un contexte alimentaire naturel, est plus agréable que l’état qu’on obtient avec les substances addictives. Ceci explique pourquoi les sociétés primitives ont déjà recherché les euphorisants : ne pouvant plus atteindre l’état de bien-être naturel à cause des désordres induits pas les molécules neurotoxiques de l’alimentation transformée, ces hommes ont cherché une compensation.
L’inverse est aussi vrai : quelques semaines d’alimentation naturelle permettent de retrouver un bien-être psychique normal, le temps d’éliminer les molécules excitantes d’origine culinaire, puis la dépendance au tabac tombe pratiquement d’elle-même. La rééducation de l’odorat, grâce au contact des aliments naturels, facilite l’extinction des conditionnements comportementaux. Un acte de volonté reste indispensable, mais la cigarette allumée par un tiers sent vite assez mauvais pour que l’envie de recommencer s’estompe définitivement.