Une alimentation originelle
Il ne faut pas confondre l’alimentation instincto et l’alimentation originelle.
La seconde désigne l’alimentation que nous ancêtres lointains pratiquaient dans le milieu naturel avant l’invention des différents artifices modifiant les aliments trouvés dans la nature. Il s’agit d’un concept hypothétique, étant donné que certains artifices existent déjà chez les primates, par exemple le fait de casser des noix avec des cailloux, d’extraire des termites de leur termitière à l’aide de baguettes façonnées, etc. Ces artifices ont toutefois pas ou peu d’incidence sur les propriétés nutritionnelles et organoleptiques des aliments.
Il en va tout autrement des artifices qui se sont multipliés avec l’accession à l’humanité, notamment avec la maîtrise du feu. On peut donc définir grosso modo en tant qu’alimentation originelle celle que nos ancêtres pouvaient se procurer dans leur biotope sans utilisation du feu ni des techniques nécessitant l’intervention de l’intelligence.
Le concept d’alimentation primitive désigne les modes d’alimentation des primitifs. Celle-ci diffère de l’alimentation originelle par l’utilisation d’artifices qui se sont multipliés avec les millénaires. Il y a donc autant d’alimentations primitives que de stades intermédiaires jusqu’à l’alimentation traditionnelle.
L’alimentation traditionnelle est celle que nous considérons comme courante transmise de génération en génération. Elle se caractérise par la cuisson sous toutes ses formes connues, par l’assaisonnement, le mélange, les transformations mécaniques (broyage, extraction, etc.). Son statut est ambigu face à la chimie, aujourd’hui assez ancienne pour qu’on l’assimile à la tradition.
L’alimentation instincto se définit en revanche par la consommation des aliments donnés par la nature sans recours à aucun artifice susceptible de modifier leurs caractéristiques nutritionnelles ou organoleptiques (changements de saveur, consistance, etc.). Cette définition s’est imposée à partir des observations empiriques sur les mécanismes alliesthésiques, manifestement mie en défaut par les artifices culinaires. Son but est de rétablir des conditions dans lesquelles l’instinct alimentaire puisse s’exprimer ou se rééduquer et assurer un équilibre nutritionnel optimum, tout en évitant les dénaturations moléculaires des aliments sous l’effet des préparations culinaires, ainsi que toute source de pollution dans la mesure du possible.
Pratique
Il n’est pas facile de se mettre à l’écoute de son propre corps. C’est pourtant la condition sine qua non de la remise en fonction de mécanismes instinctifs indispensables à la régulation nutritionnelle comme l’alliesthésie olfactogustative et la réplétion. Une rééducation est indispensable à deux niveaux : d’une part au plan psychologique, afin de rester attentif aux signaux qu’envoie l’organisme à travers les sens et savoir les interpréter correctement, d’autre part pour éviter les perturbations susceptibles de fausser ces signaux ou leur interprétation.
Les conditions requises correspondent aux critères de l’alimentation originelle telle que définie plus haut : il faut éviter toutes les modifications organoleptiques des aliments, les consommer séparément, et rester attentif aux données sensorielles dont les variations constituent la clé d’une équilibration correcte : ce sont en effet les changements de perception sensorielle (extéro ou proprioception) qui permettent de sélectionner et doser correctement les prises alimentaires, et d’éviter les mauvaises associations.
L’alimentation instincto est ainsi placée sous le signe du plaisir originel : le maximum de plaisir, dans le contexte alimentaire naturel, assure le fonctionnement optimal de l’organisme.