Les médias face à l’instinctothérapie

On peut distinguer dans les réactions des médias français deux périodes extrêmement contrastées :

  1. Jusqu’en 89, de nombreux reportages ont présenté l’instinctothérapie comme une démarche logique, fondée sur une hypothèse scientifiquement valable, avec des résultats remarquables sur la santé.
  2. Puis en 89, un article incendiaire publié dans l’Evénement du Jeudi sous la signature d’Anne-Marie Casteret, journaliste d’investigation, déclenche une avalanche d’attaques extrêmement violentes.

Quelle a été la raison de ce revirement ? Dans un reportage publié par VSD, je faisais part des résultats obtenus dans 22 cas de sida déclaré. Les malades avaient vu leur état s’améliorer de manière assez systématique, comme en rendait compte une pré-étude de mon principal collaborateur de l’époque, Bruno Comby. Je mentionnais même un projet qui me paraissait faire pièce à l’absence totale de recherches médicales sur le rôle de l’alimentation dans l’évolution de la maladie : le Centre de Montramé aurait remboursé leurs frais de séjour aux sidéens qui n’auraient pas obtenu les résultats escomptés après trois mois d’instinctothérapie. Le slogan : “Sida, guéri ou remboursé” a sans doute scandalisé les milieux médicaux et journalistiques de l’époque, alors que se jouait une concurrence acharnée autour des vaccins et des antiviraux.

Anne-Marie Casteret, ancienne étudiante en médecine reconvertie au journalisme, venait de faire mouche avec l’affaire du sang contaminé. De nombreux hémophiles s’étaient retrouvés séropositifs après les injections de facteurs sanguins extraits sans précautions. Elle menait une campagne très active pour que justice leur soit rendue. Ma proposition, qui revenait à dire que l’évolution létale du sida dépendait très directement de l’alimentation traditionnelle, s’inscrivait en faux contre son action, fondée implicitement sur l’idée que le sida devait être une fatalité justifiant les mesures judiciaires auxquelles elle appelait contre les présumés responsables. J’étais donc l’élément perturbateur dans son action et jetais une ombre sur l’auréole qu’elle entendait en retirer.

A cela s’ajouta une autre anecdote : dans ses articles contre l’instinctothérapie, Anne-Marie Casteret avait cité le cas de deux petits hémophiles contaminés, deux frères dont l’aîné surtout avait obtenu des résultats inespérés au bout de quelques mois de régime. Elle avait présenté la chose comme une imposture, ne pouvant admettre que l’alimentation pourrait jouer un rôle si important. Dans ses élans de justicière, elle avait négligé les précautions élémentaires, de sorte que les deux enfants avaient été reconnus et rejetés par leurs camarades de classe, par peur de la contagion. Les parents ont alors déposé plainte pour atteinte à la vie privée ou violation du secret médical, je ne sais plus exactement, et Anne-Marie Casteret a été condamnée à payer une somme importante (autour de 150000 FF). Raison de plus pour ne pas me porter dans son coeur.

Elle n’a eu d’ailleurs qu’à emboîter le pas à Anne Chemin, autre journaliste qui avait publié un premier article choc en 1988 “Croire au cru”, bourré de sous-entendus. Un exemple : elle m’accusait de prétendre avoir guéri mon sarcome lymphoblastique grâce à l’intincto, alors que j’ai toujours précisé les faits exacts, comme je le lui rappelais dans mon “droit de réponse” que Le Monde s’est bien gardé de publier :

Je n’ai d’ailleurs rien contre la médecine, je lui dois même la vie: sans opération, le cancer qui m’avait atteint à la gorge il y a 28 ans, m’aurait rapidement étouffé. Là aussi, vous falsifiez mon langage: je ne prétends pas avoir guéri mon cancer par l’instinctothérapie, mais avoir probablement évité une rechute contre laquelle la médecine ne me donnait aucune garantie (20 chances sur cent de survie au-delà de 5 ans après irradiation)

On a là exactement le genre de falsifications auxquelles les médias allaient recourir de plus en plus systématiquement dans les années suivantes. En 1989, l’Evénement du jeudi publiait le premier scoop d’Anne-Marie Casteret : “Le gourou qui prétend guérir le sida en mangeant cru”. Dès cet instant, une kyrielle d’articles se succèdent en cascade, se recopiant les uns les autres, parlant tous de la “secte”, sans laisser planer le moindre doute : l’instinctothérapie est une secte, elle ne peut être que dogme, aberration, manipulation, exploitation, escroquerie, mise en danger de la vie d’autrui. Pas besoin de preuves, l’image même qui lui est collée sert désormais de pièce à conviction, la leçon est si bien répétée que les Commissions parlementaires s’y laissent prendre à leur tour. Sans parler de toutes les associations de lutte contre les sectes, qui en font leur pain béni sans comprendre un traître mot du fond de la démarche.

Un autre élément a joué un rôle majeur : la campagne médiatique et gouvernementale lancée à la même époque contre les sectes. Les médecines parallèles avaient connu, avec la déferlante du New Age, un développement sans précédent. Le professeur Pierre Cornillaut avait fondé à l’Université Paris XIII une sous-faculté de Médecines naturelles (où j’ai enseigné l’instinctothérapie pendant plusieurs années). Le public se ruait sur toutes les techniques de soins possibles et imaginables, pourvu qu’elles s’opposent à la médecine conventionnelle. Cette évolution peut d’ailleurs s’expliquer par les échecs des soins conventionnels dus à l’occultation du facteur alimentaire. On retrouve donc à la base de ce phénomène social l’occultation de l’hypothèse fondamentale de l’inadaptation génétique à l’alimentation traditionnelle.

Toujours est-il que le pouvoir politique lançait, médias à l’appui et sous couvert de lutte contre les sectes, une action de grande envergure contre les médecines parallèles. L’homéopathie et l’acupuncture échappèrent miraculeusement à la partie de noce à Thomas, se voyant récupérées par la médecine officielle alors qu’elles constituent manifestement des pseudo-sciences. Pourquoi ce sauvetage in extremis ? Peut-être parce que le public leur était trop attaché pour accepter leur éradication et que les politiques y auraient perdu des voix. Plus sûrement parce que le corpus médical y trouvait une alternative fort rentable à certains traitements médicamenteux moins efficaces que l’effet placebo…

Toutes les autres thérapies furent mises en difficulté, certaines brutalement éradiquées. les “gourous” mis en prison, souvent accusés de viols. Par exemple Engelmeier, fondateur de l’association “Le Patriarche”, elle aussi brutalement qualifiée de secte, alors qu’elle avait fait des miracles auprès de milliers de toxicomanes. De nombreux groupes ont succombé, et l’on peut plutôt s’étonner que l’instincto et le Centre de Montramé soient encore debout. Il n’y a d’ailleurs pas que les médias qui ont falsifié l’information. À leur suite, un Rapport parlementaire de 1999 inscrivait l’instinctothérapie à la liste des sectes guérisseuses, précisant qu’il s’agissait d’une forme de végétalisme (alors que l’instincto ne prohibe aucunement les produits animaux !) et que j’aurais été condamné pour escroquerie : j’ai en réalité été inculpé pour exercice illégal de la médecine, publicité irrégulière et escroquerie, mais ai bénéficié d’un non-lieu pour le chef d’escroquerie et n’ai été condamné que pour le seul exercice illégal de la médecine (absence de diplôme médical).

Autre fait qui démontre l’ampleur de la dérive médiatique : la presse, notamment VSD, toujours dans la lancée d’Anne-Marie Casteret, parlait de “morts dans les placards” du château, donc de morts qui n’auraient pas été déclarées, automatiquement mises sur le compte du régime cru. Huit ans d’enquête aboutissant à une condamnation à trois mois de prison avec sursis : un démenti cinglant ! J’aurais évidemment été condamné pour homicide involontaire à plusieurs années de prison si la moindre responsabilité de ce type avait pu être trouvée contre moi. Le non-lieu pour escroquerie, soigneusement occulté par la presse, démontrait au contraire que les promesses de résultats, tels que je les décrivais dans mes ouvrages, s’étaient réalisées assez systématiquement pour que les enquêteurs ne trouvent pas un seul plaignant… Pour plus de détails, voir la page ‘Instinctothérapie et Justice’.

Et tout cela n’allait prendre que plus d’ampleur après l’affaire Dutroux. La nouvelle arme d’Anne-Marie Casteret, sans doute irritée de l’échec de sa première tentative de démolition, fut cette fois la pédophilie. Arme facile vu que la métapsychanalyse pose la question, en soi incontournable et non résolue, du refoulement de la sexualité infantile. Arme fatale, aussi, car personne ou presque ne se relève après ce genre d’attaques. Un formidable montage auquel elle travailla six mois, cherchant tous les témoins possibles prompts à s’éprendre de sa mission justicière, qui aboutit à une condamnation de quinze ans de réclusion pour des viols sur mineurs que je n’ai jamais commis…

Une charnière importante dans l’évolution des médias face à l’instinctothérapie est marquée par l’émission “Ciel ! mon mardi” de Christophe Dechavanne du 9 avril 1989, à l’issue de laquelle j’ai été arrêté par une dizaine de gendarmes en civil répartis dans la salle, pour avoir parlé publiquement d’instinctothérapie. Le juge d’instruction me l’avait interdit juste avant l’émission, dans le cadre de l’instruction pour exercice illégal de la médecine, publicité irrégulière et escroquerie. Comme vous le verrez, j’ai demandé à Dechavanne de supprimer ce terme de son émission, mais…

Comme vous le savez sans doute, les articles de Wikipédias sont construits par des contributeurs anonymes et le plus souvent sans compétences particulières. Cette encyclopédie se veut celle de tout le monde, non seulement lue par tout le monde, mais fabriquée par tout le monde. Certaines règles sont censées veiller à ce que les contributeurs s’en remettent à des sources officielles, comme des revues scientifiques. Malheureusement, tout le monde n’a pas les compétences requises pour se faire une idée objective d’un sujet controversé comme c’est le cas de l’instinctothérapie. Les esprits se laissent majoritairement influencer par les médias, de sorte que l’on retrouve dans des articles présumés encyclopédiques une décoction de tous les articles de la presse à scandale. La presse scientifique elle-même est incapable d’objectivité face à une théorie qui ébranle les fondements même des sciences de la nutrition et de la médecine. C’est bien ce qui est arrivé dans toutes l’histoire de l’article consacré à l’instinctothérapie. Vous pouvez suivre ses transformations depuis mon intervention directe en septembre 2009.

La bataille n’est apparemment pas encore terminée : les deux vidéos de l’émission de Dechavanne, Ciel mon mardi d’avril 89 ont été effacées dans les jours qui ont suivi leur insertion dans cette page ! Un visiteur du site avait par bonheur pris soin des les enregistrer, de sorte que vous pourrez tout de même voir ce document essentiel sur l’histoire de l’instincto en cliquant sur le lien ci-dessous.